Introduction
Officiellement nommé l’Accord de Défense Collective de La Mecque, le pacte trilatéral signé le 7 août par l’Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan se veut une réponse à l’escalade militaire à grande échelle au Moyen-Orient et contient notamment une clause de défense collective : une attaque armée contre un État membre sera considérée comme une attaque contre tous. Pourquoi ces trois pays ? Et pourquoi maintenant ? Enfin, cet accord a-t-il des chances d’être concrètement mis en œuvre ?
Décryptage
Ces trois pays disposent d’atouts complémentaires : l’Arabie saoudite apporte son poids financier, la Turquie une technologie militaire avancée et le Pakistan une armée endurcie par le combat et … l’arme nucléaire. Ça, c’est l’idée. Mais il restera à démontrer qu’une signature en bas d’un accord engage vraiment ces trois nouveaux partenaires.
En réalité, des collaborations existent déjà, comme par exemple entre la Turquie et le Pakistan, notamment en termes de drones. Concernant l’Arabie saoudite, un accord bilatéral avait déjà été signé avec le Pakistan.
En 2015, Riyad s’attendait à ce que Islamabad envoie des troupes pour combattre les Houthis au Yémen, mais rien ne s’était passé. Dix ans plus tard, le Pakistan se plaignait que, malgré le déploiement d’environ 8.000 troupes, d’avions de chasse et de systèmes de défense aérienne sur le sol saoudien, les investissements productifs promis par Riyad ne s’étaient jamais matérialisés.
La question se pose donc à nouveau alors que le pacte compte un partenaire supplémentaire et que l’Arabie Saoudite prévoit de relancer la guerre civile au Yémen, l’ensemble de la péninsule arabique étant sous la menace iranienne.
Mais ce bloc militaire sunnite ainsi constitué sur le papier saura-t-il se mobiliser? Et que pourra-t-il réellement obtenir en termes de dissuasion?
Pour de nombreux experts, cet accord de la Mecque adresse évidemment un signal à Téhéran mais également aux États-Unis, dont les trois pays sont alliés mais dont la fiabilité comme partenaire sécuritaire est de plus en plus questionnée.
La multiplication des attaques iraniennes et houthis contre la péninsule et l’apparente difficulté croissante des américains à protéger le territoire saoudien obligent en effet Riyad à chercher de nouvelles garanties en termes de sécurité.
Et c’est bien de cela qu’il s’agit : souscrire de nouvelles assurances ! Riyad ne chasse pas Washington pour accueillir Islamabad et Ankara, il renforce sa couverture de protection. Ankara ne quitte pas l’OTAN mais développe son autonomie stratégique avec d’autres partenaires. Islamabad ne s’éloigne pas de Pékin mais accroît son influence régionale.
La question n’est plus seulement de savoir dans quel camp on est mais de combien d’assurances on dispose. À voir évidemment si, le moment venu, ces garanties s’avéreront pertinentes et si ce rapprochement ne consistait pas simplement pour Ankara et Islamabad à attirer davantage d’investissements saoudiens.
Dans ce billard à trois bandes, tout le monde serait gagnant, mais il n’est pas certain que cela suffise à impressionner les Iraniens. D’autre part, on peut évidemment compter sur Washington et Tel Aviv pour mettre leur grain de sel en vue de gripper cet accord. Un accord conclu sans eux, les « maîtres » de la région. À n’en pas douter : un cas flagrant de lèse-majesté !




