Introduction
Lorsqu’on parle du voile islamique, on pense tout de suite au Rassemblement national et à la récente polémique faisant suite à la proposition de Marine Le Pen d’en interdire le port dans l'espace public. Mais savez-vous que cette interdiction existe déjà ? Qui plus est, dans un pays à 98% musulman, le Tadjikistan. Retour sur la proposition du RN et détour par un pays musulman qui apllique cette interdiction.
Décryptage
Le RN qualifie le voile islamique d'« uniforme d'une idéologie islamiste » et propose son interdiction pure et simple dans la rue, les transports et les lieux publics. Le non-respect de cette mesure serait bien sûr sanctionné par des amendes.
Mais face aux critiques sur la faisabilité d’une telle interdiction, la ligne du parti a oscillé. Marine Le Pen a évoqué l’éventualité d’un calendrier progressif avant de réaffirmer l'objectif global, suggérant l'organisation d'un référendum pour contourner d'éventuels obstacles juridiques, obstacles bien réels.
D’une manière générale, les juristes et le Conseil constitutionnel rappellent en effet que la laïcité garantit la liberté de conscience et de religion dans l'espace public, hormis les agents du service public, soumis pour leur part au devoir de neutralité. Une interdiction générale heurterait ainsi les libertés fondamentales mais aussi la Convention européenne des droits de l'homme.
Quant à l’opposition politique, elle qualifie généralement la mesure de discriminatoire, stigmatisante pour les personnes de foi musulmane et techniquement inapplicable sans contrôles systématiques qui seraient forcément problématiques.
Il ne s’agit pas ici de trancher sur cette question pour la France mais il est tout de même cocasse qu’un exemple d’application nous provienne d’un pays musulman.
Pays enclavé de 143 000 km2 - à peu près le quart de la France - le Tadjikistan se trouve à l’ouest de la Chine et à l’est de l’Ouzbékistan, au nord de l’Afghanistan et au sud du Kirghizistan. 10,6 millions d’habitants vivent sur ce toit de l’Asie centrale, composé de 93% de montagnes et dont 50% du territoire se trouve au-dessus de 3 000 m d’altitude avec un sommet à 7 495 m, le Pic Ismoïl Somoni.
Et bien, le Tadjikistan, ce pays à très forte majorité musulmane (98 % de la population), a officiellement durci sa législation il y a deux ans, en juin 2024, en promulguant une loi visant à interdire le hijab et les « vêtements étrangers ».
Cette décision s’inscrit dans un processus entamé il y a plus de quinze ans par le président Emomali Rahmon, au pouvoir depuis 1994. L’interdiction du hijab dans les écoles et universités par exemple date de 2007 !
Cette loi interdit spécifiquement :
L’importation, la vente et le port en public de vêtements considérés comme « étrangers à la culture nationale », ce qui vise explicitement le hijab d’inspiration islamique/arabe.
Les célébrations religieuses associées aux enfants, notamment lors des fêtes de l’Aïd..
En cas de non-respect, les amendes financières sont particulièrement lourdes : elles vont de l'équivalent de quelques centaines d'euros pour les particuliers à plusieurs milliers d'euros pour les fonctionnaires ou les responsables religieux en infraction.
Alors on pourrait se demander pourquoi. Pourquoi cette interdiction dans un pays très majoritairement musulman ? Le gouvernement tadjik avance deux arguments principaux pour justifier ce contrôle vestimentaire strict :
Tout d’abord, la lutte contre l'extrémisme religieux : les autorités craignent une montée du radicalisme islamique venu du Moyen-Orient ou de l'Afghanistan voisin. Le gouvernement considère le port du voile intégral ou du hijab comme un symbole d'influence radicale étrangère.
Ensuite, la promotion de l'identité nationale : les autorités promeuvent activement le costume traditionnel tadjik (robes colorées, foulards légers noués derrière la tête laissant apparaître le cou). Bon, c’est vrai que c’est beaucoup plus beau ! Un « Guide des tenues recommandées » a même été publié par le ministère de la Culture pour régir l'habillement des femmes selon leur âge.
Les hommes n’ont pas été en reste , ceux-ci ont fait l'objet de campagnes de rasage forcé de la barbe dans les espaces publics.
Évidemment, cette politique suscite des critiques importantes de la part des organisations internationales de défense des droits humains, qui dénoncent une atteinte grave à la liberté religieuse et au droit d'autodétermination des femmes.
Mais l’exemple et le risque de contamination provenant des voisins afghans permettent sans doute d’imaginer que cette politique rend réellement service aux tadjiks et notamment aux femmes de ce pays.




