Introduction
L’Égypte demeure un mystère fascinant. L’Histoire de ce territoire désertique dont la vie dépend entièrement du Nil est absolument unique. L’antiquité y est d’une richesse prodigieuse et son apport à la civilisation phénoménal. Même dans l’Histoire du Salut, entre Moïse, saint Marc et les illustres précurseurs du monachisme chrétien, l’Egypte est incontournable.
Et puis ensuite, il y a eu la conquête arabo-musulmane. Que s’est-il passé depuis ? L’Egypte est-elle restée ce phare de l’Humanité? Tentons un bilan de quatorze siècles de conquête.
Décryptage
Par où commencer ? Nous pourrions évoquer le Sphinx et les Pyramides (40 siècles nous contemplent), les pharaons et les pharaonnes (il y en eut cinq), les momies et les hiéroglyphes (Champollion disait de lui-même : « Je suis tout à l'Égypte, elle est tout pour moi »), Cléopâtre (de son nom complet Cléopâtre VII Philopator, ce qui signifie qui aime son père, mais qui aimait surtout Jules César et Marc Antoine) mais tout cela, vous le savez déjà.
Ne revenons pas sur les 30 dynasties qui ont émaillé les trois millénaires avant Jésus-Christ. Avant l’Égypte assyrienne, perse, hellénistique puis romaine, il y a eu des Empires - l’Ancien, le Moyen et le Nouveau puis la Basse Époque. Ensuite, l’Égypte sera byzantine, sassanide, arabe, mamelouke, ottomane, française (pendant 3 ans, 1798 - 1801) et britannique.
Les grands personnages de l’Histoire égyptienne sont trop nombreux à recenser. Retenons tout de même, parmi les 200 pharaons, Khéops (2551 - 2526 av. J.-C., on lui doit la grande pyramide de Gizeh), Toutânkhamon (1335 - 1327 av. J.-C., il est surtout connu pour le fabuleux trésor de sa sépulture, découvert par l’archéologue britannique Howard Carter en 1922) et Ramsès II (1279 - 1213 av J.-C., c’est lui qui doit gérer Moïse, nous allons en reparler).
Citons une pharaonne, Hatchepsout (1508 - 1475 av. J.-C., grande bâtisseuse) et une reine, Nefertiti (1370 - 1333 av. J.-C., grande épouse royale d’Akhenaton).
Rajoutons pour conclure ce diaporama quelques étrangers : des visiteurs, Alexandre le Grand, Saladin, Napoléon, OSS 117, et parmi les natifs d’Égypte, Yasser Arafat, Claude François et Dalida.
Cela suffirait presque à en faire un pays à part mais il y a plus, beaucoup plus. L’Égypte antique est considérée comme l’un des plus grands berceaux de la civilisation humaine. Ses innovations dans des domaines aussi variés que la science, l'architecture, la médecine ou l'écriture ont posé les fondations du monde moderne.
Il y a déjà le papyrus qui a révolutionné l'administration, la littérature et la transmission des connaissances à travers le bassin méditerranéen. Ajoutons l’ingénierie avec des connaissances inexplicables en géométrie appliquée qui a directement influencé les mathématiciens grecs comme Thalès et Pythagore.
Connaissances astronomiques remarquables, calendrier solaire de 365 jours complétés par 5 jours dits « épagomènes » (ajoutés en grec ancien), techniques d'irrigation sophistiquées, médecine, chirurgie et pharmacopée très en avance sur leur temps : utilisation de bistouris, sutures de plaies, réduction des fractures avec attelles, prise du pouls, observation méthodique des symptômes avant traitement, emploi d'ingrédients naturels aux propriétés antiseptiques, la liste est effarante. En fin de compte, que n’ont-ils pas inventé ?
Venons-en à l’Histoire du Salut. L’Egypte a servi de refuge providentiel à deux reprises, la première fois pour le peuple hébreu, pour échapper à la famine, et ensuite pour la Sainte Famille, pour échapper à Hérode qui cherchait à faire périr les nouveaux-nés de Bethléem, en particulier Jésus dans une étable.
Dans la Genèse, Joseph qui est l’un des douze fils de Jacob-Israël, est vendu en esclavage par ses frères jaloux mais devient l’homme le plus puissant d’Égypte aux côtés de Pharaon. Grâce à son interprétation du songe des sept vaches grasses et des sept vaches maigres, il sauve l’Égypte de la famine, ainsi que sa famille qui le rejoint.
Ses grands-parents Abraham et Sarah étaient déjà venus en Égypte mais cette fois-ci, le peuple hébreu va rester 430 ans. Réduits à l’esclavage, c’est Moïse qui va recevoir la mission de libérer son peuple et de le mener jusqu’à la Terre promise. Dix plaies seront nécessaires pour contraindre Pharaon, que Moïse connaît bien (il a été élevé à la Cour comme prince d’Égypte), à laisser partir les Hébreux. C’est la Pâque !
Étonnamment, à la fin des plaies, alors qu’il vient de perdre son fils premier-né, Pharaon ordonne certes à Moïse de partir avec son peuple mais lui demande d’abord la bénédiction de Dieu (Exode 12, 32).
S’il ne fallait retenir que le buisson ardent, le serpent d’airain, le passage de la Mer Rouge, le veau d’or, les Dix Commandements, Moïse apparaîtrait comme l’un des plus grands hommes de l’Histoire d’Égypte et du monde. On le retrouvera avec Élie, entourant le Christ pendant sa transfiguration sur le Mont Thabor.
Après avoir accompagné saint Paul et saint Barnabé dans leurs voyages apostoliques et saint Pierre à Rome, saint Marc écrit son Évangile et débarque en Égypte dont il sera l’apôtre. En 68, il meurt martyr à Alexandrie. Encore aujourd’hui, ses successeurs s’appellent patriarches d’Alexandrie et de toute l’Afrique, notamment parce que l’Église y déploya un intense élan missionnaire, sur le continent mais aussi dans tout le bassin méditerranéen. .
En 285, la légion thébaine, de Thèbes, aujourd’hui Louxor, menée par Maurice arriva en Suisse. Elle subit le martyre et saint Maurice donna son nom à une ville.
Félix et Régula, de la même légion, prêchèrent l’Évangile et convertirent Zurich. Les reliques de saint Victor, officier de la même légion, sont vénérées à Genève mais aussi à Marseille, où saint Jean Cassien érigea en 330 deux monastères sur le modèle de ceux des déserts de Thébaïde et de Scété (c’est en Égypte).
Saint Front, le premier évêque de Périgueux, fut moine du désert de Nitrie, saint Aphrodyse apporta d’Égypte la foi à Béziers, saint Just, évêque de Lyon à la fin du IVème siècle se retira dans le désert d’Égypte pour terminer ses jours en anachorète. Enfin, l’Église d’Irlande compte parmi ses premiers témoins de la foi, sept moines égyptiens.
Le monachisme égyptien eut également un rôle déterminant dans le développement du monachisme occidental. Développé en Égypte dès le début du 3ème siècle sous la forme érémitique avec saint Paul de Thèbes (234-347), la forme anachorétique avec saint Antoine (251-356) et la forme cénobitique avec saint Pacôme (276-439), il servira de base à la rédaction de la règle de saint Benoît.
De nos jours, le monachisme en Egypte est resté une réalité vivante. De nombreux moines vivent principalement dans les monastères du désert de Wadi-Natroun et de la Mer Rouge, perpétuant ainsi la tradition des Pères du Désert, dont les paroles (apophtegmes) continuent de nourrir toutes les générations de chercheurs de Dieu.
N’en jetez plus ! On l’aura sans doute compris, l’Égypte est un pays à part. Alors revenons maintenant à la question : depuis la conquête arabo-musulmane, qu’est-ce que l’Egypte a apporté au monde ? Spoiler : c’est moins fascinant à partir de là.
Notons tout de même l’université Al-Azhar, fondée en 970, devenue le centre d'études théologiques et linguistiques le plus influent du monde musulman sunnite.
Ajoutons Ibn Yunus (Xᵉ-XIᵉ siècle), astronome et mathématicien cairote, Ibn al-Haytham (Alhazen, XIᵉ siècle), considéré comme le père de l’optique moderne et le médecin Ibn al-Nafis (XIIIᵉ siècle), le tout premier à avoir décrit la circulation pulmonaire.
Plus près de nous, Oum Kalthoum (« l'Astre d'Orient »), une industrie cinématographique florissante, dont les comédies font rire tout le monde arabophone, et … les Frères musulmans qui ne font pas rire tout le monde (mais ce n’est pas leur objectif non plus).
Un dernier point : une persécution anti-chrétienne continue, avec des phases de plus ou moins grande violence et cette pression permanente contre les non-musulmans dans une société musulmane où la sous-citoyenneté et le paiement de taxes spécifiques finissent par décourager même les plus fidèles résistants.
Comme toute l'Afrique du Nord, l’Égypte était chrétienne. Elle a mieux résisté qu’ailleurs - 20% de la population est encore chrétienne, pour la majorité des coptes. Copte vient du grec ancien Aigúptios et signifie simplement … égyptien !




