Introduction
Retour sur les événements de Ceuta, vus par deux ecclésiastiques espagnols. Le président de la Conférence épiscopale du pays parle d’invasion et évoque la démographie comme étant une arme, tandis qu’un chanoine de la cathédrale de Pampelune appelle à la conversion du Maroc.
Des propos qui surprennent de la part de l’Église catholique qui semblait avoir adopté la bien-pensance immigrationniste et pour qui le dialogue avec l’islam semblait être devenu le summum du témoignage de l’Évangile. Décryptage, et il faut bien le reconnaître, motif d’espérance devant une certaine liberté retrouvée sur ces enjeux si importants aujourd’hui.
Décryptage
Dans un message publié sur X le 2 août, Mgr Luis Argüello, président de la Conférence épiscopale espagnole, a livré une analyse détonante par rapport à la crise de Ceuta.
Il utilise un mot peu commun - la biopolitique - pour désigner le fait de jouer avec la vie des gens au profit d’objectifs politiques et économiques. « On joue avec la vie et on utilise les personnes (…) au profit du pouvoir et de l’argent » déclare-t-il. Mais il va plus loin : « L’invasion de Ceuta est un test. La démographie est une arme ».
Cette crise migratoire constitue selon lui une nouvelle forme de guerre où les populations deviennent des instruments de pression politique.
Évidemment, cela ne date pas d’hier et le nombre exponentiel de « réfugiés » provenant d’Afrique et du Moyen-Orient ces dernières années ne pouvait pas demeurer camouflé. Ce qui est nouveau, c’est cette prise de parole d’ecclésiastiques qui ont tout de même une certaine autorité.
Prêtre depuis 40 ans, archevêque de Valladolid depuis 4 ans, élu président de la Conférence épiscopale en mars 2024, Mgr Argüello est une des principales voix de l’Église catholique en Espagne sur les questions sociétales et de liberté religieuse.
Un autre évêque espagnol, Mgr Xabier Gómez García, responsable des migrations au sein de la Conférence épiscopale, a lui aussi reconnu que « nous ne sommes pas face à un drame migratoire ordinaire ». Il a dénoncé pêle-mêle des « menaces hybrides » et ceux qui cherchent à transformer « la souffrance d’autrui et la peur en bénéfice électoral ».
On est assez loin des invocations onctueuses du pape François ! Accueillir et assister les personnes en détresse, oui mais pas en sacrifiant le Bien commun et surtout sans chercher à comprendre à qui profite le crime.
Des mécanismes géopolitiques sont à l’œuvre dans ces crises et il nous faut les discerner, par charité envers les populations d’accueil mais aussi envers ces personnes jetées sur les chemins de l’exil et souvent sacrifiées en cours de route.
Avec cette salutaire prise de conscience, voilà qu’un prêtre espagnol appelle simultanément à la conversion du Maroc !
C’est peu dire que les propos de l’abbé Javier Aizpún, curé de Huarte (Navarre) et chanoine de la cathédrale de Pampelune, ont suscité une certaine viralité.
Alors que les habitants de Ceuta célébraient solennellement en ce 5 août la fête de Notre Dame d’Afrique, patronne de la ville, l’abbé Aizpún publiait sur les réseaux sociaux la prière suivante : « Notre-Dame d’Afrique, patronne de Ceuta, qu’elle impulse la reconquête du Maroc et sa conversion au christianisme ».
Tous les Chrétiens sont invités à prier pour leur propre conversion et celle du monde. Jusque-là, rien d’exceptionnel même si le tempo, quelques jours après ce psychodrame, donnaient forcément plus de relief à cette prière.
Ce qui va ensuite générer une réaction à plus grande échelle repose sur deux choses. D’abord l’emploi du terme « reconquête » du Maroc et surtout la phrase suivante : « Ce que la reine Isabelle la Catholique a laissé inachevé, sachons le mener à bien », ce qui évidemment risquait de faire tiquer.
L’abbé fait bien sûr référence au rétablissement en 1492 de la souveraineté chrétienne sur la péninsule ibérique après plusieurs siècles de domination musulmane.
Mais son appel à la conversion du Maroc s’oppose à l’article 220 du Code pénal marocain qui sanctionne toute tentative visant à « ébranler la foi d’un musulman » ou à le convertir à une autre religion, exposant les évangélisateurs à des peines de prison. C’est la tolérance de l’islam.
Alors, un petit rappel sur l’histoire du Christianisme au Maroc s’impose.
Comme l’ensemble de l’Afrique du Nord, le territoire qu’on appelle le Maroc était christianisé bien avant l’arrivée de l’islam au VIIème siècle.
Tout le long des voies commerciales méditerranéennes à partir des IIᵉ et IIIᵉ siècles, le christianisme était déjà bien implanté.
L'événement le plus célèbre de cette époque est le martyre de saint Marcel de Tanger en 298 après J.-C., un centurion romain exécuté pour avoir refusé d'accomplir des sacrifices aux dieux romains.
Avec l'Édit de Milan en 313, les communautés se sont alors structurées en évêchés, notamment à Tingis (Tanger), Lixus (Larache) et Septem, la future Ceuta. Il y avait donc un évêque à Ceuta dès la fin du IVème siècle et ce jusqu’à la fin du VIIème siècle.
Huit siècles plus tard, alors que le Christianisme a disparu du territoire conquis par les armées arabo-musulmanes, les Portugais puis les Espagnols prennent pied sur le continent.
Ceuta est conquise en 1415 - il y a donc 611 ans. Une statue gothique en bois représentant une Piéta est envoyée depuis le Portugal par Henri le Navigateur. Elle est vénérée sous le vocable de Santa Maria de Africa.
Un premier sanctuaire est érigé dans les années 1420, l’actuel datant de la fin du XVIIème siècle.
Proclamée Mairesse honoraire et perpétuelle de la ville en 1654, Notre Dame d’Afrique devient canoniquement patronne de Ceuta en 1949 pendant le pontificat de Pie XII.
A vue humaine, la conversion du Maroc paraît compliquée mais les premiers siècles de l’histoire de l’Église nous ont appris qu’à Dieu, rien n’est impossible, surtout si la Vierge Marie s’en mêle !




