Introduction
Selon Michel Polnareff, on ira tous au Paradis. Très bien, mais auquel ? A quoi ressemblera-t-il ? Si on se réfère aux religions monothéistes - judaïsme, christianisme et islam, ce qui représente tout de même 55% de la population mondiale - il y a cette croyance dans une vie après la mort et, pour ceux qui le mériteraient, l’accès au Paradis. Mais nous allons voir que cette récompense n’est pas tout à fait la même selon le Dieu que nous suivons. Alors embarquons pour un tour d’horizon de l’offre paradisiaque !
Décryptage
Commençons par celui qui, sur le papier, est le plus attractif, j’allais dire le plus sexy, puisqu’il y est question de femmes et d’alcool : l’islam !
Dans l'islam, le paradis est appelé le Jannah (littéralement « le Jardin »). Décrit de manière très détaillée dans le Coran et les Hadiths, il constitue la récompense ultime réservée aux croyants et aux pieux après le Jugement dernier.
Ce jardin compte plusieurs degrés de mérite et possède huit portes d'entrée, chacune attribuée à une vertu particulière (la prière, le jeûne, l'aumône, etc.).
Le cadre est luxuriant : Il est dépeint comme un immense jardin traversé par quatre rivières symboliques (d'eau pure, de lait, de vin céleste ne provoquant pas d'ivresse, et de miel purifié).
Les bienheureux y logent dans des palais, des tentes de perles ou des demeures confortables, dans une température idéale sans chaleur excessive ni froid glacial.
Au paradis, il n'y a évidemment aucune souffrance, ni maladie, ni vieillesse, ni fatigue, ni tristesse, ni rancœur. Tous les désirs y sont immédiatement exaucés. Alleluia j’allais dire !
La récompense suprême pour les croyants réside dans la possibilité de contempler le Visage de Dieu, ce qui est très beau et finalement très proche des autres traditions religieuses.
Même remarque pour l'accès au paradis qui s'obtient par la grâce de Dieu, conjuguée à la foi et aux bonnes actions accomplies durant la vie terrestre.
Jusque-là, rien d’exceptionnel mais c’est à partir de là que ça se corse : certaines promesses décrivent spécifiquement des gratifications adaptées aux désirs humains, notamment masculins.
Nous avons d’abord les célèbres « Houris », des êtres créés pour le paradis. Elles sont décrites comme de jeunes femmes d'une grande beauté, aux grands yeux noirs expressifs et à la peau pure, préservées de toute souillure physique ou morale. Elles sont promises comme épouses aux hommes pieux.
Elles sont comparées à des rubis, du corail ou à des œufs cachés et protégés. Elles ne connaissant ni le vieillissement ni l'altération physique et sont exemptes de toute impureté biologique terrestre (menstruations, sécrétions, maladies).
Elles ne ressentent ni jalousie, ni rancœur, ni mauvais sentiments, elles sont aimantes et affectueuses. Mais où signe-t-on ?
Elles recouvrent leur virginité après chaque acte. La sourate 56, versets 35 à 37, énonce à leur sujet : « C'est Nous qui les avons créées de fond en comble, et Nous les avons faites vierges, passionnées et d'un âge égal ».
Dans l'eschatologie islamique, cette caractéristique symbolise l'absence d'usure, de fatigue et d'altération au paradis, où chaque plaisir demeure éternellement renouvelé et parfait.
Du côté des hommes, ça tombe bien, pour profiter de cette profusion paradisiaque, les hommes y retrouvent une jeunesse éternelle (fixée selon certains récits à l'âge de 33 ans) ainsi qu'une vigueur et des capacités physiques grandement augmentées.
Alors si une femme entre également au paradis, elle y retrouve son époux. Les textes de la tradition précisent que l'épouse terrestre conserve une position et une beauté supérieures à celles des Houris - ah quand même - en raison de sa foi et de ses actes accomplis sur Terre.
Cela étant, rien n’est précisé quant à la récompense promise pour les femmes, à part donc celle de retrouver leur mari, ce dont je ne suis pas certain que cela puisse toujours servir de motivation suffisante.
La tradition coranique et les Hadiths mentionnent également des jeunes garçons au paradis. Le Coran les compare à des « perles cachées » ou des « perles éparpillées ». Ils sont dépeints avec une jeunesse éternelle et une beauté parfaite.
Leur rôle est exclusivement celui de la domesticité, de l’intendance et de l’accueil (« ils circulent autour d'eux pour les servir »).
Autre chose : le vin ! Alors qu'il est strictement interdit sur Terre, il est présenté comme l'un des délices du paradis pour les croyants.
Mais attention : ce vin céleste a conservé le goût savoureux, mais il a été expurgé de ses méfaits physiologiques et moraux : pas d'ivresse ni de perte de raison, pas d'effets secondaires, pas de maux de tête, ni de nausées, ni de fatigue.
Bref, résumons : on a toute une panoplie de plaisirs charnels et sensuels ! La satisfaction des désirs intimes, au même titre que les plaisirs de la nourriture et de la boisson, est garantie sans aucune contrainte, fatigue ni culpabilité.
La théologie musulmane rappelle néanmoins que ces descriptions matérielles et sensuelles servent à rendre compréhensible la félicité céleste à l'esprit humain, la dimension la plus élevée restant la satisfaction spirituelle et la proximité avec le Divin.
Ouf ! Nous voilà rassurés !
Alors, après ce catalogue exubérant et néanmoins très précis, passons aux chrétiens et aux juifs. Je vous préviens, c’est tout de suite moins matériel et sensuel. Disons que c’est spirituel et uniquement spirituel.
Si la Bible utilise des métaphores poétiques (festin, cité d'or, jardin), les théologiens et le Catéchisme enseignent que le paradis n'est pas un lieu physique d'abondance matérielle, mais un état d'union parfaite avec Dieu.
La promesse centrale pour les heureux élus est de voir Dieu « face à face » (1 Corinthiens 13:12). C'est ce qu'on appelle la vision béatifique : l'âme est comblée par l'amour, la vérité et la présence directe du Créateur. C'est un état de béatitude et de paix absolue.
Les chrétiens croient à la « résurrection de la chair » à la fin des temps. Nous ne restons pas des esprits désincarnés mais recevons un corps glorieux ou transfiguré (à l'image de celui du Christ après sa Résurrection), libéré de la maladie, de la vieillesse et de la corruption.
Interrogé sur le mariage après la mort, Jésus répond (Matthieu 22:30) qu'à la résurrection, les hommes et les femmes « ne se marient pas », mais sont « comme des anges dans le ciel ».
Enfin, le paradis pour les chrétiens n'est pas une jouissance individuelle, mais une communion. Les bienheureux y sont réunis avec Dieu, les anges et l'ensemble des sauvés, la création entière est restaurée dans l’harmonie.
Quant au judaïsme, il est assez proche du christianisme concernant le Monde à venir. Les âmes des justes siègent, couronnées, et jouissent de la présence divine.
Le Jardin d’Eden désigne le lieu de repos spirituel des âmes immédiatement après la mort, en attendant la venue du Messie et la résurrection. C'est une demeure de paix et de lumière pour l'âme, dépouillée de son enveloppe corporelle.
Puis vient la résurrection des morts où le corps et l'âme seront réunis pour vivre dans un monde terrestre réparé et pacifié.
Bilan de l’offre paradisiaque : un tableau déconcertant de plaisirs charnels dans l’islam, enfin surtout pour les hommes, et sinon, un état de bonheur absolu dans le face à face avec notre Créateur.
S’il fallait conclure, nous pouvons espérer - voire même prier en ce qui concerne les croyants - afin que nous soyons le plus nombreux possible à y aller et à nous retrouver au Paradis.




